(Note de l'éditeur : Cet article représente le point de vue de l'auteur Maïssa Benali Cherif et pas nécessairement celui de CGTN.)
Installées depuis le XIXᵉ siècle, les communautés chinoises de Madagascar ont façonné des pans entiers de la culture urbaine et gastronomique de la Grande Île. Leur présence raconte une autre histoire des échanges sino-africains : plus intime, plus ancienne, et profondément malgache.
Selon la dernière étude publiée en 2011, la population d'origine chinoise à Madagascar était estimée entre 70 000 et 100 000 personnes. Cette communauté se compose de deux dynamiques distinctes mais complémentaires. D'un côté, les « Sinoa zanatany », installés depuis l'époque de la colonisation française, profondément enracinés dans la société malgache, parlant majoritairement des dialectes locaux et principalement établis dans l'est et le sud-est de l'île. De l'autre, une nouvelle vague de migrants chinois post-coloniaux, arrivés plus récemment, majoritairement sinophones (mandarin), concentrés surtout dans la capitale, Antananarivo. Cette coexistence de générations et de trajectoires n'est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d'une histoire longue, faite de migrations progressives, d'adaptations silencieuses et d'un ancrage durable. Pour en comprendre la profondeur, il faut revenir aux origines.
POINT D'HISTOIRE – Une implantation discrète mais structurante Depuis la fin du XIXᵉ siècle, la présence chinoise à Madagascar s'inscrit dans une histoire discrète mais déterminante. Les premières arrivées documentées remontent à cette période, lorsque des marchands originaires du Guangdong s'installent sur les côtes de la Grande Île, alors carrefour stratégique des routes de l'océan Indien. Si cette implantation moderne marque un tournant, certains écrits font remonter les contacts sino-malgaches bien plus tôt. Des archives chinoises mentionnent Madagascar dès le XIIIᵉ siècle sous le nom de K'un-lun-tsong-k'i, tandis que les expéditions de l'amiral Zheng He, au XVᵉ siècle, atteignent l'Afrique orientale, suggérant des échanges anciens entre l'Asie et l'océan Indien. À la fin des années 1890, l'installation de l'administration coloniale française accélère les migrations. Artisans, commerçants et ouvriers chinois s'établissent autour des ports, notamment à Tamatave, avant de gagner Antananarivo, où se structurent les premiers noyaux communautaires.
Au fil du XXᵉ siècle, cette présence cesse d'être uniquement migratoire pour devenir générationnelle. Les Sinoa Zanatany, nés sur place, s'intègrent profondément à la société malgache tout en préservant certaines traditions. Plus récemment, la création de l'Institut Confucius d'Antananarivo en 2008 a ravivé les échanges culturels et universitaires. Derrière les partenariats économiques actuels se dessine ainsi une histoire humaine de plus d'un siècle, faite de continuités, de transmissions et d'identités plurielles. Scheilly Tsilova, une identité entre plusieurs mondes Cette pluralité se retrouve aujourd'hui dans les parcours individuels de la nouvelle génération sino-malgache. Parmi eux, celui de Scheilly Tsilova illustre avec finesse la complexité et la richesse de ces identités croisées.
Née à Madagascar dans une famille aux origines multiples, Scheilly Tsilova incarne une identité plurielle assumée. Sino-malgache, avec des racines guatémaltèques et une formation française, elle vit aujourd'hui à Londres, où elle vient d'obtenir son doctorat. Dans un entretien accordé à CGTN, elle confie que grandir à Madagascar avec des origines chinoises lui semblait naturel, tant la communauté chinoise y est ancienne et intégrée. Pourtant, son apparence et certains stéréotypes ont nourri dès l'enfance un questionnement intime sur son identité.
Son histoire familiale, marquée par les migrations entre la Chine, l'Amérique centrale et Madagascar, reflète cette complexité héritée. Élevée dans un environnement multiculturel où l'éducation occupait une place centrale, Scheilly a appris très tôt à naviguer entre plusieurs langues et codes culturels. Ce va-et-vient permanent entre les cultures, loin d'être un tiraillement, est devenu une ressource. Ni entièrement chinoise, ni totalement malgache, elle a fait de cet entre-deux une force. Son parcours international l'a menée à revendiquer une identité en mouvement, où la pluralité devient un espace de liberté et de dialogue.
Entre mémoire et avenir À travers les histoires de Scheilly Tsilova, une même évidence s'impose : il n'y a pas lieu de choisir. Ces trajectoires prouvent que les deux cultures peuvent coexister, se nourrir mutuellement et se projeter ensemble vers l'avenir. Porteuse de mémoires, de migrations et de métissages, la communauté sino-malgache apparaît ainsi comme un pont vivant entre deux mondes, capable de traduire, d'adoucir et de relier — bien au-delà des discours économiques ou diplomatiques. (Photo : VCG)
Article à consulter sur les plateformes de CGTN ci-après : https://francais.cgtn.com/news/2026-01-18/2012800696291975169/index.html https://x.com/CGTNFrancais/status/2012804035963658510 https://www.facebook.com/CGTNFrancais/posts/pfbid0UpjbTvZyePkQKqPGmBM5wn4DCt5vYJpGeLChKgtipJkREjEDxvPckQVaHbPRWT7el