Par Héribert-Label Élisée ADJOVI - Gouverneur du Magazine Panafricain "Le Label Diplomatique", Président du Caucus Panafricain des Journalistes, Président du Caucus des Journalistes Africains pour la Communauté de Destin du Sud Global et Président du Groupe de Réflexion de Xi'an pour la Coopération et le Développement Sino-Africains
Introduction La coopération sino-africaine est souvent analysée à travers ses dimensions économiques et infrastructurelles, marquées par des projets d’envergure et des financements massifs. Cependant, l’Année des échanges humains et culturels sino-africains (2026), décidée lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine (FOCAC 2024), inaugure une nouvelle étape. Elle place les peuples au cœur du partenariat, affirmant que l’amitié entre les sociétés constitue la pierre angulaire d’une relation durable. Cet article interroge l’importance de cette initiative et son impact potentiel sur le partenariat stratégique sino-africain. L’hypothèse centrale est que les échanges humains et culturels, en renforçant la compréhension mutuelle et la solidarité civilisationnelle, consolident la coopération politique, économique et sociétale.
I. Fondements et importance des échanges humains et culturels
1. Origine institutionnelle L’initiative est née d’une volonté politique partagée : inscrire la coopération sino-africaine dans une logique de long terme, fondée sur la confiance mutuelle. Le FOCAC, en tant que plateforme multilatérale, a consacré cette orientation.
2. Héritage historique Les relations sino-africaines ne sont pas nouvelles. Elles s’enracinent dans des échanges anciens : routes maritimes, expéditions de Zheng He, commerce de soie et d’ivoire. Plus récemment, la solidarité dans les luttes anticoloniales et les coopérations médicales ou éducatives ont renforcé ce socle.
3. Dimension stratégique Les échanges humains et culturels complètent les projets économiques. Ils permettent de dépasser une vision utilitariste de la coopération pour promouvoir un dialogue civilisationnel, où les valeurs et traditions deviennent des vecteurs de rapprochement.
4. Soft power et diplomatie publique La culture est un instrument d’influence. Pour la Chine, elle renforce son image de partenaire global. Pour l’Afrique, elle valorise sa diversité et son rôle dans la gouvernance mondiale. Ensemble, ces échanges construisent une diplomatie des peuples.
II. Impacts attendus sur le partenariat stratégique sino-africain
A. Politique et diplomatique Les échanges humains favorisent la confiance stratégique et réduisent les malentendus. Ils consolident le rôle du FOCAC comme plateforme de dialogue global et renforcent la légitimité du partenariat.
B. Économique La coopération culturelle ouvre de nouveaux secteurs : industries créatives, tourisme, valorisation des savoirs traditionnels. Elle diversifie les échanges et stimule des économies locales, tout en créant des synergies innovantes.
C. Sociétal et culturel Les citoyens deviennent acteurs du partenariat. Les programmes de bourses, les échanges universitaires et les initiatives artistiques forment une génération de médiateurs culturels. La solidarité Sud-Sud s’en trouve renforcée, inscrivant la coopération dans une logique inclusive.
III. Défis - Perspectives - Institutionnaliser les plateformes culturelles : festivals annuels, musées virtuels, réseaux universitaires.
- Inscrire les échanges dans une logique durable, au-delà de l’année 2026.
- Offrir au monde un modèle alternatif de coopération culturelle, fondé sur le respect mutuel et la complémentarité civilisationnelle.
IV- Quid du modèle sino-africain ? De tout ce qui précède, on peut affirmer, sans nul doute, que la valorisation de la Chine-Afrique des Peuples aura des incidences positives et certaines sur le partenariat stratégique sino-africain, d'ores et déjà, modèle de coopération pour le Sud Global et repère pour un réajustement des rapports des partenaires occidentaux avec le continent africain. À ce propos, rappelons, à toutes fins utiles, qu'en termes de projets d'envergure emblématiques sino-africains, nous avons le chemin de fer à écartement standard (SGR) reliant Nairobi à Mombasa au Kenya, véritable tournant pour les transports régionaux. Le plus long pont suspendu d'Afrique à Maputo (Mozambique), construit par la China Road and Bridge Corporation. La ligne Addis-Abeba–Djibouti, reliant l'Éthiopie enclavée à la mer (3,5 milliards de dollars). Le tramway de Lagos au Nigeria et la première autoroute à six voies en Éthiopie. Le barrage de Merowe au Soudan, illustrant la prédominance chinoise dans l'hydraulique africaine. Le développement du réseau national en Éthiopie. La construction de logements sociaux en Angola et la création de projets « Safe City » à Djibouti et en Guinée.
A cela, il faut ajouter tous les projets développés par la Chine dans la quasi totalité des secteurs d'activités et dans les 53 pays avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Au Bénin, par exemple, le premier Centre culturel chinois en Afrique, le Centre agricole pilote de Sèmè-Kpodji, le nouveau bâtiment du Ministère des Affaires Etrangères, l'échangeur de Godomey (le seul dont dispose le pays à ce jour), le Palais des Congrès et la modernisation du Port Autonome de Cotonou - pour ne donner que ces exemples - portent la marque indélébile de la coopération chinoise. Des réalisations tangibles qui inscrivent, en lettres d'or, l'histoire des 70 ans de Coopération Sino-Africaine. Par ailleurs, les financements chinois en Afrique connaissent un rebond en 2025, atteignant 39 milliards de dollars US, principalement via l'initiative des « Nouvelles Routes de la Soie ». La stratégie évolue des prêts souverains massifs vers des projets plus ciblés dans les infrastructures, l'énergie et l'industrie. Après une baisse en 2024, les engagements ont augmenté de 20 % en 2025. Ils se concentrent sur l'énergie (47 %), les télécommunications (15 %) et les transports (12 %), incluant des barrages, centrales solaires et infrastructures routières.
Enfin, la Chine maintient sa position de premier partenaire commercial de l'Afrique pour la 16e année consécutive, avec des échanges atteignant environ 348 milliards de dollars US en 2025. Avec l'application de la mesure de tarif douanier nul sur les produits d'exportations en provenance de l'Afrique, les échanges commerciaux sino-africains iront en se renforçant.
Conclusion L’Année des échanges humains et culturels sino-africains constitue une diplomatie des peuples, complémentaire à la diplomatie des États. Elle peut transformer le partenariat stratégique sino-africain en une relation holistique, enracinée dans les sociétés et non seulement dans les élites. En valorisant les patrimoines, en renforçant la confiance et en diversifiant les secteurs de coopération, cette initiative ouvre la voie à une gouvernance mondiale plus inclusive. Elle illustre que la puissance des relations internationales ne réside pas uniquement dans les infrastructures ou les flux financiers, mais aussi dans la capacité des peuples à dialoguer, à partager et à construire ensemble un avenir commun.