Zéro tarif douanier et Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique : vers un partenariat stratégique plus solide

Co-auteurs : GUO Pan, journaliste de CGTN Français et Héribert-Label Élisée ADJOVI, Gouverneur du magazine panafricain "Le Label Diplomatique" et Président du groupe de réflexion de Xi'an pour la coopération et le développement sino-africains.

Introduction

En 2026, les relations sino-africaines franchissent un cap historique. Cette année marque à la fois le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, et le lancement officiel de l'« Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique ». Plus important encore, à compter du 1er mai 2026, la Chine appliquera pleinement un traitement à zéro droit de douane à tous les pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle. Ces deux grandes initiatives, l'une relative aux « intérêts », l'autre au « cœur », dessinent ensemble une nouvelle vision de la coopération sino-africaine au bénéfice de l'ensemble des populations.

I.Zéro tarif douanier : des bénéfices tangibles pour les peuples africains

À partir du 1er mai 2026, la Chine appliquera un traitement à zéro tarif douanier sur 100% des lignes tarifaires aux 53 pays africains ayant établi des relations diplomatiques avec elle, couvrant toutes les catégories de produits, sans aucune limite de volume et sans conditions politiques annexes. La Chine accorde ainsi pour la première fois une réduction tarifaire d'une telle ampleur aux pays africains, et elle est le premier grand pays en développement et la première grande économie à adopter une telle politique. Il ne s'agit pas d'une simple déclaration politique abstraite, mais d'un avantage concret qui se transforme en bénéfices réels pour les peuples africains.

Quels bénéfices pour les peuples africains ?

L'effet le plus direct est une baisse significative des coûts d'exportation. Prenons l'exemple du café éthiopien : la Chine est devenue le quatrième plus grand pays importateur du café d'Éthiopie. Entre 2024 et 2025, l'Éthiopie a exporté plus de 34 000 tonnes de café vers la Chine, générant plus de 218 millions de dollars de revenus. Cet avantage en matière de coûts profite à environ 5 millions de petits producteurs de café et à plus de 25 millions de personnes travaillant dans les secteurs liés au café dans le pays. « La politique zéro tarif douanier rend notre café extrêmement compétitif sur le marché chinois », a déclaré Israel Degfa, PDG de Kerchanshe Trading PLC, reconnu comme le plus grand producteur et exportateur de café en Éthiopie. Il a souligné que la politique de zéro tarif douanier réduisait directement les coûts d'exportation et renforçait la compétitivité-prix du café éthiopien. Plus important encore, il a mis en avant le fait que l'élargissement du marché qui en découle pousse l'ensemble de la chaîne industrielle à évoluer vers des normes plus élevées, plus de professionnalisme et une meilleure qualité.

L'emploi et le revenu augmentent parallèlement. Comme l'a souligné l'ambassadeur de Chine en Guinée, Sun Yong, dans un article signé : « Les bénéfices de la politique de zéro tarif douanier, une fois transmis au secteur productif, stimuleront directement l'expansion de la production et la création d'emplois dans les secteurs africains concernés, favoriseront le processus de réduction de la pauvreté en Afrique, et permettront aux populations africaines de partager de manière concrète les fruits de la coopération sino-africaine. » Du café rwandais aux arachides nigérianes, du miel tanzanien à l'ananas béninois, de plus en plus de produits africains de qualité entrent sur le marché chinois. Chaque produit permet d'améliorer les moyens de subsistance d'innombrables agriculteurs et travailleurs africains.

L'importance de la politique de zéro tarif douanier envers l'Afrique ne se limite pas à « vendre des produits », mais aussi à « construire des capacités ». La baisse des coûts d'exportation améliore la rentabilité économique des investissements et de la création d'usines en Afrique, ce qui stimulera efficacement l'accélération du transfert des capitaux et des technologies avancées chinois vers l'Afrique. En Guinée, le zéro tarif douanier devrait favoriser le développement accéléré des industries locales de transformation de minerais et de métallurgie, etc. Au Kenya, le gouvernement attire activement les entreprises chinoises à investir dans la transformation profonde des produits agricoles, la logistique de la chaîne du froid et d'autres secteurs. Lorsque davantage de café, de noix et de fruits africains entreront sur le marché chinois, les revenus en devises pourront être convertis en machines agricoles, en centrales photovoltaïques et en lignes de production industrielle, autant d'éléments essentiels à la capacité d'autogénération nécessaire au processus d'industrialisation de l'Afrique.

En 2025, le volume du commerce sino-africain a atteint 348 milliards de dollars, un record historique. Après la mise en œuvre de la politique de zéro tarif douanier, ce chiffre devrait continuer à augmenter, apportant davantage de recettes en devises aux pays africains et soulageant leurs pressions sur la balance des paiements. Dans le processus de « remise à zéro » des droits de douane, la Chine a simultanément renforcé de nombreuses mesures d'accompagnement, telles que la mise en place de « corridors verts » pour les produits africains exportés vers la Chine, l'ouverture de plateformes de qualité comme la CIIE (Exposition internationale d'importation de Chine) et l'Exposition économique et commerciale Chine-Afrique, accélérant ainsi la transformation du vaste marché chinois en une grande opportunité pour l'Afrique. Dans la vision du président chinois Xi Jinping, selon laquelle « sur la voie de la modernisation, aucun pays ni aucun peuple ne doit être laissé pour compte », le zéro tarif douanier n'est pas seulement une remise à zéro des droits de douane, mais aussi un symbole important de la transition de la Chine d'un rôle de « suiveur » à celui de « leader » dans la coopération internationale avec l'Afrique. Il envoie également un message clair au monde : l'ouverture plutôt que la fermeture, le bénéfice mutuel plutôt que le jeu à somme nulle, sont la voie juste pour promouvoir le développement de l'économie mondiale.

II. Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique : un lien par le cœur pour approfondir les affinités entre les peuples chinois et africains

Si la politique de zéro tarif douanier ouvre la porte du marché chinois et apporte des bénéfices économiques aux peuples africains, l'Année des échanges humains et culturels Chine-Afrique 2026 ouvre, quant à elle, la fenêtre du cœur, faisant passer l'amitié sino-africaine d'un niveau « intergouvernemental » à un niveau « interpopulaire ».

Décidée lors du Sommet de Beijing du FOCAC, l'Année des échanges humains et culturels sino-africains inaugure une nouvelle étape de coopération. Elle place les peuples au cœur du partenariat, affirmant que l'amitié entre les sociétés constitue la pierre angulaire d'une relation durable. Cette initiative vise à transformer le partenariat sino-africain en une relation inclusive et durable, fondée sur les sociétés.

1. Fondements et importance des échanges humains et culturels

-Origine institutionnelle

L'initiative est née d'une volonté politique partagée : inscrire la coopération sino-africaine dans une logique de long terme, fondée sur la confiance mutuelle. Le FOCAC, en tant que plateforme multilatérale, a consacré cette orientation.

-Héritage historique

Les relations sino-africaines ne sont pas nouvelles. Elles s'enracinent dans des échanges anciens : routes maritimes, expéditions de Zheng He, commerce de soie et d'ivoire. Plus récemment, la solidarité dans les luttes anticoloniales et les coopérations médicales ou éducatives ont renforcé ce socle.

-Dimension stratégique

Les échanges humains et culturels complètent les projets économiques. Ils permettent de dépasser une vision utilitariste de la coopération pour promouvoir un dialogue civilisationnel, où les valeurs et traditions deviennent des vecteurs de rapprochement.

-Soft power et diplomatie publique

La culture est un instrument d'influence. Pour la Chine, elle renforce son image de partenaire global. Pour l'Afrique, elle valorise sa diversité et son rôle dans la gouvernance mondiale. Ensemble, ces échanges construisent une diplomatie des peuples.

2. Impacts attendus sur le partenariat stratégique sino-africain

-Politique et diplomatique

Les échanges humains favorisent la confiance stratégique et réduisent les malentendus. Ils consolident le rôle du FOCAC comme plateforme de dialogue global et renforcent la légitimité du partenariat.

-Économique

La coopération culturelle ouvre de nouveaux secteurs : industries créatives, tourisme, valorisation des savoirs traditionnels. Elle diversifie les échanges et stimule des économies locales, tout en créant des synergies innovantes.

-Sociétal et culturel

Les citoyens deviennent acteurs du partenariat. Les programmes de bourses, les échanges universitaires et les initiatives artistiques forment une génération de médiateurs culturels. La solidarité Sud-Sud s'en trouve renforcée, inscrivant la coopération dans une logique inclusive.

III. Défis – Perspectives

– Institutionnaliser les plateformes culturelles : festivals annuels, musées virtuels, réseaux universitaires.

– Inscrire les échanges dans une logique durable, au-delà de l'année 2026.

– Offrir au monde un modèle alternatif de coopération culturelle, fondé sur le respect mutuel et la complémentarité civilisationnelle.

IV. Quid du modèle sino-africain ?

De tout ce qui précède, on peut affirmer, sans nul doute, que la valorisation des échanges entre les peuples chinois et africains aura des incidences positives et certaines sur le partenariat stratégique sino-africain, d'ores et déjà modèle de coopération pour le Sud global et repère pour un réajustement des rapports des partenaires occidentaux avec le continent africain. À ce propos, rappelons, à toutes fins utiles, qu'en termes de projets d'envergure emblématiques sino-africains, nous avons le chemin de fer à écartement standard (SGR) reliant Nairobi à Mombasa au Kenya, véritable tournant pour les transports régionaux. Le plus long pont suspendu d'Afrique à Maputo (Mozambique), construit par China Road and Bridge Corporation. La ligne Addis-Abeba–Djibouti, reliant l'Éthiopie enclavée à la mer (3,5 milliards de dollars). Le barrage de Merowe au Soudan, illustrant la prédominance chinoise dans l'hydraulique africaine. Le développement du réseau national en Éthiopie et la construction de logements sociaux en Angola, etc.

À cela, il faut ajouter tous les projets développés par la Chine dans la quasi totalité des secteurs d'activités et dans les 53 pays avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Au Bénin, par exemple, le premier Centre culturel chinois en Afrique, le Centre agricole pilote de Sèmè-Kpodji, l'échangeur de Godomey (le seul dont dispose le pays à ce jour), le Palais des Congrès et la modernisation du Port Autonome de Cotonou - pour ne donner que ces exemples - portent la marque indélébile de la coopération chinoise. Des réalisations tangibles qui inscrivent, en lettres d'or, l'histoire des 70 ans de coopération sino-africaine.

‎L'Année des échanges humains et culturels sino-africains constitue une diplomatie des peuples, complémentaire à la diplomatie des États. Elle peut transformer le partenariat stratégique sino-africain en une relation holistique, enracinée dans les sociétés et non seulement dans les élites. En valorisant les patrimoines, en renforçant la confiance et en diversifiant les secteurs de coopération, cette initiative ouvre la voie à une gouvernance mondiale plus inclusive. Elle illustre que la puissance des relations internationales ne réside pas uniquement dans les infrastructures ou les flux financiers, mais aussi dans la capacité des peuples à dialoguer, à partager et à construire ensemble un avenir commun.

Conclusion

Un double moteur au service des populations et à la tête de la coopération du Sud global

Lorsque la coopération sino-africaine dispose à la fois d'un pont « du cœur », les échanges humains et culturels, et « des intérêts » liés, le zéro tarif douanier, alors cette coopération dépasse le simple cadre des intérêts économiques pour devenir un partenariat stratégique véritablement durable et pérenne. Et les principaux bénéficiaires de cette transformation seront des millions de citoyens ordinaires, en Chine comme en Afrique, des cultivateurs de café, de jeunes entrepreneurs, des personnes qui voient une lueur d'espoir dans la coopération sino-africaine. Comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères Wang Yi : faire une « soustraction » sur les droits de douane pour favoriser une « addition » sur les échanges commerciaux et réaliser une « multiplication » sur les conditions de vie, telle est l'illustration parfaite de la coopération sino-africaine au service des populations. Photo : VCG)

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