Par ZHAO Qian - Journaliste de CGTN
Le 13 avril 2026, l'Assemblée nationale française a adopté un projet de loi visant à faciliter la restitution d'œuvres d'art et d'objets culturels saisis pendant la période coloniale. Le texte couvre les biens saisis entre 1815 et 1972, avant l'entrée en vigueur de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de l'UNESCO sur la protection du patrimoine culturel. Cette adoption intervient alors que les appels en faveur de la restitution se multiplient. Il s'agit de la première initiative structurée menée par un grand pays occidental pour encadrer, à travers un dispositif législatif, la question de la propriété des biens culturels transférés durant l'ère coloniale.
Pendant des décennies, de nombreux musées occidentaux et institutions patrimoniales ont considéré des objets provenant de contextes coloniaux ou de périodes de conflit comme des éléments du patrimoine national, invoquant le principe de « l'inaliénabilité des collections publiques ». Cette position les a souvent conduits à refuser les demandes de restitution formulées par les pays d'origine. Dans les rares cas où un retour était envisagé, chaque dossier nécessitait une loi spécifique, rendant les démarches particulièrement lourdes et longues. Le projet adopté par la France pourrait permettre de lever cet obstacle juridique persistant. Il devrait non seulement simplifier le cadre de restitution, mais aussi constituer une référence pour les initiatives internationales visant à favoriser le retour des biens culturels.
Comme l'écrivait l'écrivain français Victor Hugo en 1861 dans une lettre adressée au capitaine Butler au sujet du pillage du Palais d'Été de Beijing : « J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. » Cette vision franchit aujourd'hui une étape concrète dans le cadre juridique.
Pour la Chine et les pays africains, ce projet de loi revêt une importance pratique similaire et profonde, ces deux régions ayant subi d'importantes pertes patrimoniales. En Chine, le pillage du Palais d'Été en 1860 demeure l'un des épisodes les plus douloureux de la perte culturelle dans l'histoire moderne. Un grand nombre de bronzes, peintures et textes classiques furent alors emportés à l'étranger, dont une partie importante se trouve aujourd'hui dans des institutions telles que le château de Fontainebleau en France. Depuis plus d'un siècle, le sort de ces objets reste une préoccupation majeure de la société chinoise.
De manière similaire, le continent africain continue de faire face à de graves défis liés à la perte de son patrimoine culturel. Les bronzes du Bénin, les objets religieux de Côte d'Ivoire et les pièces historiques du Mali sont depuis longtemps conservés dans des collections muséales européennes. Pour les pays africains, ces objets ne sont pas seulement des œuvres d'art, mais aussi des vecteurs essentiels de mémoire historique et d'identité culturelle. En l'absence d'un cadre juridique clair par le passé, les démarches de restitution ont souvent rencontré d'importants obstacles.
La Chine et les pays africains partagent une approche similaire en matière de restitution des biens culturels. Les deux parties estiment que ces objets doivent être restitués à leurs lieux d'origine, afin de restaurer une continuité culturelle rompue par l'histoire coloniale. Lorsque les objets du Palais d'Été de Chine et les masques tribaux d'Afrique cherchent tous à regagner leur terre d'origine, cela reflète une aspiration plus large des pays du Sud global à redéfinir l'ordre culturel international.
Si l'adoption de ce projet de loi envoie un signal positif, elle ne signifie pas pour autant que les biens culturels seront automatiquement restitués. Le texte doit encore être réexaminé par le Sénat afin de finaliser le processus législatif. Il comporte également plusieurs limites, notamment l'exclusion des trophées militaires et de certaines collections privées. Par ailleurs, la loi n'entraîne pas automatiquement le retour d'objets spécifiques : chaque restitution nécessite une demande formelle des pays d'origine et une évaluation au cas par cas. Les pays récepteurs doivent également satisfaire aux normes internationalement reconnues en matière de conservation du patrimoine culturel. Par conséquent, la mise en œuvre dépendra des efforts actifs des pays d'origine.
Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de coopération entre la Chine et les pays africains. Ces dernières années, la Chine a facilité le retour de milliers de biens culturels grâce à la coopération en matière d'application de la loi et aux négociations diplomatiques. Parallèlement, certains musées occidentaux ont commencé à restituer des objets à des pays tels que le Nigeria, la Namibie et le Bénin. Face aux opportunités et aux défis liés à la nouvelle législation française, la Chine et les pays africains pourraient renforcer leur coordination et leur coopération. D'une part, ils peuvent partager leurs expériences en matière de recherche de provenance et d'argumentation juridique afin de renforcer leurs capacités professionnelles dans les démarches de restitution. D'autre part, ils peuvent continuer à travailler dans le cadre de plateformes multilatérales, notamment l'UNESCO, afin de promouvoir des règles internationales plus équitables et équilibrées en matière de restitution des biens culturels. Grâce à une coopération concrète, les dispositions juridiques peuvent se traduire en résultats tangibles en matière de restitution, ce qui constitue non seulement un acte de respect de l'histoire, mais aussi une étape importante vers un dialogue mondial des civilisations plus équitable et inclusif.
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