Envoyé spécial du Magazine panafricain « Le Label Diplomatique » et Expert au Forum de Dakar - Héribert-Label Elisée ADJOVI
Au nombre des 600 événements prévus en cette année 2026 des échanges humains et culturels sino-afrcains, le 2è Forum de l’Afrique de l’Ouest a eu lieu à Dakar, le lundi 27 Avril 2026 sous le thème : « Echanges d’expériences sur la Gouvernance des relations de coopérations Chine-Afrique ». Une journée était insuffisante pour revisiter tous les aspects de la thématique. N'empêche, les participants venus des pays d’Afrique de l’Ouest et d’autres régions du continent, à travers une vingtaine de communications de quinze minutes chacune, ont expertisé la mise en œuvre des mesures prises par la Chine au sortir du dernier sommet du Forum sur la Coopération Sino-Africaine, FOCAC 9, tenu à Beijing du 4 au 6 Septembre 2024.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par les mots de bienvenue du Directeur Général de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) de Dakar, Mor FALL, le discours d’accueil du Président de l’Institut Chine-Afrique, YE Hailin, les discours introductifs à la thématique du Forum du Vice-président de l’Association du Peuple chinois pour l’Amitié avec l’Etranger, SUN Xueqing, du Vice-président de l’Institut d’Etudes sur la Chine contemporaine de l’Académie des Sciences Sociales (CASS), Président de la Presse de la Chine contemporaine, SONG Yuehong, du Professeur émérite de l’Université de Yaoundé, Charles Romain MBELE, de l’Ambassadeur de Chine au Sénégal, SEM LI Zhigang et du discours d’ouverture du Directeur de Cabinet du Premier Ministre sénégalais, Ibrahima GUEYE. Tous les intervenants ont salué les 70 ans de coopération sino-africaine, en rappelant que c’est en Mai 1956 que la Chine a établi ses premières relations diplomatiques avec l’Afrique, à travers la République Arabe d’Egypte sous la présidence de Gamal Abdel NASSER). Des relations diplomatiques intervenues une année après la mémorable conférence de Bandung (18 au 24 Avril 1955), qui a vu la naissance du Mouvement des Non-Alignés, une année avant l’indépendance du Ghana (1957) avec le président Kwame N’KRUMAH, ainsi que deux ans avant l’indépendance de la Guinée Conakry, avec le Président Sékou TOURE en 1958.
Tous les intervenants à la cérémonie d’ouverture ont souligné l’importance de ce forum, qui est un mécanisme de suivi du 9è FOCAC, et permet aux experts de la sous-région ouest-africaine ainsi que les collègues des autres régions d’Afrique de se pencher sur l’état de la coopération et faire des recommandations pour une meilleure exécution des projets initiés de commun accord entre la Chine et les Etats Africains en général et la Chine et les Etats ouest-africains en particulier. A ce propos, deux panels ont été constitués. Dans le premier panel consacré à la « Gouvernance et partenariat stratégique », les 200 participants au Forum ont assisté à sept communications en rapport avec deux sous-thèmes : « Alignement des stratégies » et « Gouvernance multilatérale ». Dans le second panel relatif à la « Gouvernance des investissements et projets durables », dix communications ont été développées avec les sous-thèmes « Gouvernance de projet », « Gouvernance verte et développement numérique » et « Echanges humains et formation »
A l’issue des travaux et en termes de recommandations, on peut retenir : 1- l’engagement du Gouvernement du Sénégal à appuyer la création, au sein de l’Ecole Nationale d’Administration de Dakar, d’un Institut Chine-Afrique, qui bénéficiera de l’appui technique et financier de la Chine, du soutien technique des organisations sous régionales et continentales, de l’implication de la communauté académique ouest-africaine voire au-delà ; 2- la nécessité de la création d’un partenariat stratégique dans le domaine de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, pour encourager les échanges scientifiques et pour une meilleure connaissance entre les Peuples ; 3- la nécessité pour l’Afrique, au-delà des efforts menés jusque-là, de construire une vision commune de coopération avec la Chine. Faut-il le préciser, la Chine a une vision claire de sa coopération avec l’Afrique qui, elle, recherche encore ses repères ; 4- la nécessité de la mise en place d’un mécanisme de mise en œuvre et de suivi des recommandations du Forum ; 5- la nécessité d’une meilleure coordination entre les pays africains pour un alignement stratégique dans le cadre de leur coopération avec la Chine ; 6- la nécessité de faire avancer les politiques nationales d’industrialisation, sans lesquelles il n’y aurait pas de transformation de la qualité des relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Afrique. Tant que l’Afrique restera, pour une large part, pourvoyeuse de matières premières et consommatrice de produits manufacturés en provenance de Beijing et d’ailleurs, nous aurons toujours des relations économico-commerciales de type asymétrique ; 7- la nécessité, pour les deux Parties, de travailler ensemble à ce que les pays africains répondent plus efficacement et en temps court, aux critères d’éligibilité aux fonds chinois destinés à l’industrialisation du continent, notamment le Fonds de Développement Chine-Afrique (CAD Fund) ; 8- la nécessité d’inviter le secteur privé africain aux éditions prochaines du Forum Chine-Afrique de l’Ouest ; 9- la nécessité (comme l’indique le thème du forum) du contrôle et du suivi de la bonne gouvernance des relations de coopération Chine-Afrique, du renforcement voire de l’accélération du transfert de compétences et de technologies en matière de cyber sécurité, d’énergies numériques, d’énergies renouvelables et de transition énergétique, et ceci conformément aux promesses faites par le Président XI Jinping lors du 9è Sommet du FOCAC ; 10- la nécessité, dans ce type de Forum, de prendre en compte la coopération sécuritaire entre la Chine et l’Afrique. On sait que les deux Parties sont, d’ores et déjà, engagées dans des initiatives de co-production de la sécurité, au-delà de la coopération classique en matière Sécurité-Défense traditionnelle. D’où l’importance d’inviter les acteurs du secteur aux Forums Chine-Afrique de l’Ouest.
A la cérémonie de clôture, le Président de l’Institut Chine-Afrique, YE Hailin et le Directeur Général de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) de Dakar Mor FALL ont, tour à tour, souligné la pertinence des analyses des experts sur la gouvernance des relations de coopération Chine-Afrique, l’importance des recommandations et la nécessité d’un mécanisme de suivi des travaux.