Chine-Afrique : échanges d'expériences sur la gouvernance, focus sur le Bénin

Par Héribert-Label Élisée ADJOVI / Président du Groupe de Réflexion de Xi'an pour la Coopération et le Développement Sino-Africains - Président du Caucus des Journalistes Africains pour la Communauté de Destin du Sud Global - Président du Caucus Panafricain des Journalistes

Introduction En 2025, les échanges sino-africains ont franchi la barre historique de 348 milliards de dollars, confirmant la Chine comme premier partenaire de l’Afrique pour la 16è année consécutive. Mais derrière ce chiffre impressionnant se joue une question cruciale : comment transformer cette puissance commerciale en un partenariat équilibré, porteur de prospérité partagée ? Le Bénin, à travers son partenariat stratégique signé en 2023 à l'issue de la visite d'État du Président Patrice TALON en Chine, incarne cette ambition. Et c’est dans cette année charnière 2026, consacrée aux échanges humains et culturels, que nous devons inscrire en lettres d’or la communauté de destin sino-africaine. Après avoir posé ce cadre introductif, je vous invite maintenant à parcourir, en une dizaine de minutes, des exemples concrets de la gouvernance réussie des relations sino-béninoises, mais aussi les défis et les perspectives qui jalonnent ce chemin. C’est vous dire, que dans cette articulation entre succès et enjeux, que se dessine la véritable portée stratégique de cette coopération.

I- Les acquis de la coopération bilatérale 1. Infrastructures visibles et emblématiques Le Centre culturel chinois, premier du genre que la Chine ait construit en Afrique, le grand Stade de l’Amitié Sino-Béninoise Général Mathieu KÉRÉKOU, le nouveau bâtiment du Ministère des Affaires étrangères, la Tour administrative, l'échangeur de Godomey, le seul dont dispose le Bénin à ce jour, le Centre pilote agricole de Sèmè-Kpodji, le Palais des Congrès de Cotonou et la modernisation du Port Autonome de Cotonou, le fleuron de l'économie béninoise. Ces réalisations concrètes incarnent la profondeur de la coopération sino-béninoise.

2. Commerce et agriculture stratégique La Chine est un partenaire commercial stratégique pour le Bénin, avec 20 % des exportations, 15 % des importations en 2025. Elle est un fournisseur clé de biens d'équipement, de denrées alimentaires et de produits manufacturés au Bénin, contribuant à la diversification des produits sur le marché béninois. Une quarantaine d'entreprises chinoises sont également présentes à Cotonou et génèrent environ 5 000 emplois locaux.

Le coton, pilier de l’économie béninoise (40 % du PIB, 80 % des recettes d’exportation), illustre la profondeur de la coopération sino-béninoise. Grâce au transfert de technologies et à la mécanisation, le Bénin est devenu premier producteur africain avec plus de 600 000 tonnes de coton / an. D’ailleurs, la 4è Mission chinoise d’assistance technique cotonnière commposée de six experts est arrivée à Cotonou le 15 Avril 2026, pour la selection des variétés de coton, la promotion des techniques de la culture du coton et l’utilisation des machines agricoles ainsi que la formation des techniciens béninois. Résuktat : la transformation locale progresse, avec 40 000 tonnes déjà traitées chaque année dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Mais, le défi reste d’industrialiser davantage pour capter la valeur ajoutée sur les 305.000 tonnes de fibres produites par an. Ce qui nécessite la mobilisation d'une trentaine d'unités intégrées de textile. Une piste gagnant gagnant pour les deux parties.

Le soja constitue un autre axe stratégique : plus de 210 000 tonnes exportées vers la Chine en 2022, soit 60 % des exportations totales du pays. La coopération chinoise favorise la modernisation agricole et la transformation locale (huile, lait, tourteaux), créant emplois et valeur ajoutée dans une logique de profit réciproque.

Enfin, l’ananas « Pain de sucre » a franchi une étape historique avec sa première exportation officielle vers la Chine en mars 2026. Soutenu par des protocoles d’accord et l’exonération douanière, il devient une fierté de l’agrobusiness béninois sur le marché chinois.

3- Numérique et transition énergétique La coopération sino-béninoise dans le numérique, renforcée par un partenariat stratégique depuis 2023, se concentre sur la modernisation des infrastructures, la cybersécurité et la formation. Dans le domaine du renforcement de la cybersécurité, il y a la signature d'un Mémorandum entre le bjCSIRT (Bénin) et le CNCERT/CC (Chine) pour la sécurité du cyberespace. La Chine appuie également la modernisation des institutions béninoises, notamment la HAAC, en fournissant des équipements pour améliorer l'efficacité des médias et la régulation. Par ailleurs, des programmes de formation, notamment avec l'institut Ningbo Polytechnique, sont organisés pour les enseignants et techniciens béninois, visant à améliorer l'éducation et l'employabilité.

La coopération sino-béninoise s'intensifie dans la transition énergétique, axée sur le développement vert, le solaire et le transfert de technologies. Pour l'énergie Verte (Solaire), des projets de centrales solaires sont en cours pour améliorer l'accès à l'électricité, notamment en milieu rural. Pour l'« Énergie Bleue » (Développement Durable), la coopération s'étend à la gestion des ressources côtières, au transport maritime et aux infrastructures portuaires dans le cadre de la modernisation des infrastructures du Bénin. Aussi, l'Ambassade de Chine au Bénin a fourni des systèmes solaires pour assurer une alimentation ininterrompue à certains services publics, illustrant le soutien à la transition énergétique locale.

4- Le pipeline Bénin–Niger (PENB) est un oléoduc stratégique de près de 2 000 km, inauguré en mars 2024, qui relie les champs pétroliers d’Agadem au Niger au port de Sèmè-Kpodji au Bénin pour l’exportation internationale du brut. Il s’agit du plus long oléoduc d’Afrique, conçu pour transformer la capacité d’exportation du Niger et renforcer le rôle du Bénin comme hub énergétique régional. Selon les prévisions, le Bénin gagnerait environ 490 millions USD (300 milliards FCFA) sur 20 ans, grâce à ce pipeline, soit près de 25 millions USD par an, auxquels s’ajoutent les droits de transit, les revenus portuaires de Sèmè-Kpodji et des milliers d’emplois créés. Des raisons suffisantes pour que les acteurs impliqués travaillent à applanir les divergences, pour le bonheur des Peuples concernés.

5- Aide au développement et coopération sociale Dans le cadre de l'aide au développement, la Chine a débloqué plus de 100 milliards de FCFA d'aide gouvernementale depuis 1972 et on peut dénombrer plus de 30 projets d'infrastructure financés. En termes de coopération sanitaire, depuis 1978, 28 missions médicales chinoises ont été envoyées au Bénin. Qui plus est, depuis le 2 mars 2026, le premier service de médecine traditionnelle chinoise du Bénin a débuté ses activités au Centre Hospitalier Département du Mono. Soutenu par la Mossion médicale chinoise, ce département est doté d’équipements professionnels tells que l’acupuncture et les ventouses. Le service se concentre sur le traitement des douleurs chroniques et des maladies ostéo-articulaires par l’acupuncture et les ventouses et accueille plus de 15 patients par jour.

S'agissant de l'éducation et la culture, il y a la signature de 13 accords de coopération en 2023, renforçant la formation et l'investissement.

Si les acquis de la coopération sino-béninoise sont indéniables, elle reste confrontée à des défis majeurs et ouvre des perspectives nouvelles qui méritent d’être explorées avec lucidité et ambition. 

II- Défis et perspectives de cette coopération La coopération sino-béninoise, riche en acquis, se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique. Le premier défi est celui de l’industrialisation et de la transformation locale : passer de l’exportation brute d’une grande quantité des stocks disponibles de coton, soja, ananas ou noix de cajou à une production intégrée qui crée de la valeur ajoutée et des emplois au Bénin. Les zones industrielles de Glo-Djigbé et de Sèmè-Kpodji incarnent cette ambition.

Le second enjeu est le rééquilibrage commercial : la balance reste déficitaire pour le Bénin. Mais l’exonération douanière sur 100 % des produits béninois exportés vers la Chine dès mai 2025 ouvre une nouvelle fenêtre historique pour inverser la tendance. Soit dit en passant, que le Bénin bénéficiait déjà de l’exonération douanière à 98% sur ses produit en exportation vers la Chine depuis janvier 2025.

Troisième axe : le transfert de compétences et de technologies. Il s’agit de garantir que les projets agricoles, industriels et numériques renforcent durablement le savoir-faire local, en formant une nouvelle génération de techniciens, ingénieurs et entrepreneurs béninois.

Quatrième perspective : la diversification des échanges. Au-delà des filières existantes, il faut en relancer d’autres comme le sucre ou le palmier à huile, et exploiter les huit zones agroécologiques du pays pour élargir le spectre des produits « Made in Benin ». Enfin, le partenariat doit s’ancrer dans les secteurs d’avenir : numérique, cybersécurité, énergies renouvelables et transition énergétique. Ces projets, s’ils sont pleinement concrétisés, moderniseront les villes, revitaliseront les campagnes et renforceront l’indépendance énergétique et économique du Bénin.

III- L’expertise du Groupe de Réflexion de Xi’an pour la Coopération et le Développement Sino-Africains L'expertise du Think Tank des intellectuels africains que j'ai l'honneur de présider se situe dans sa capacité à : - Analyser et anticiper les défis de l’industrialisation et du rééquilibrage commercial. - Proposer des solutions stratégiques pour la transformation locale et la diversification des filières. - Faciliter le transfert de compétences et de technologies, en reliant institutions académiques, acteurs économiques et partenaires diplomatiques. - Accompagner la gouvernance par des recommandations claires et protocolaires adaptées aux ministères, ambassades et agences internationales. - Institutionnaliser les partenariats en inscrivant la coopération sino-africaine dans une logique durable de prospérité partagée.

Conclusion La coopération sino-béninoise, au-delà des chiffres et des infrastructures, est une aventure humaine et stratégique. Elle nous rappelle que le véritable succès ne réside pas seulement dans les partenariats signés, mais dans la capacité à transformer ces acquis en prospérité partagée, en indépendance économique et en rayonnement culturel. Les défis sont réels, mais ils sont autant d’opportunités pour bâtir un avenir où le Bénin, fort de ses alliances et de ses talents, s’affirme comme un acteur incontournable dans la communauté de destin sino-africaine. À ce propos, le Groupe de Réflexion de Xi'an pour la Coopération et le Développement Sino-Africains se positionne comme un laboratoire d’idées et un catalyseur stratégique, capable de transformer les acquis en perspectives concrètes pour un avenir équilibré et gagnant-gagnant.