Par Héribert-Label Elisée Adjovi – Président du Groupe de Réflexion de Xi’an pour la Coopération et la Développement sino-africains et Président du Caucus des Journalistes Africains pour la Communauté de Destin du Sud Global
Introduction Le Parti communiste chinois, le PCC, a joué un rôle clé dans la modernisation de la Chine. Fondé le 1er juillet 1921, il a transformé un pays agricole morcelé en une puissance mondiale en 105 ans. Ce modèle, appelé « Modernisation à la chinoise », ne copie pas l'Occident. Il repose sur un mélange unique : le Parti au centre, une économie mixte, la valorisation de la culture et une vision civilisationnelle.
Comment le Parti a-t-il créé cette modernisation sur mesure ? Et en quoi ça change la donne par rapport aux modèles classiques ?
Nous allons répondre à cette double question en six étapes : les bases idéologiques, l'époque de Mao Zedong, les réformes de Deng Xiaoping, les ajustements sous Jiang Zemin et Hu Jintao, la nouvelle ère avec Xi Jinping, et les défis à venir ainsi que les perspectives.
I. Les fondements du Parti Communiste Chinois 1. Adapter le marxisme à la Chine Le Parti communiste chinois a fait l’option de l'arrimage entre le marxisme et les réalités chinoises, créant une synthèse idéologique entre révolution et traditions. Le Président Mao Zedong a insisté sur le lien entre théorie et pratique, donnant naissance à un marxisme « sinisé ».
2. Construire un État moderne La construction d’un Etat modern est le moteur historique et le fondement idéologique du PCC depuis 1949. Ce projet fondateur s’articule autour du role central du Parti-Etat, la modernization chinoise, l’Etat de droit socialiste, la gouvernance et le bien-être social.
3. Un pouvoir bien installé Le Parti est devenu le pilier de la modernisation, contrôlant les institutions politiques, économiques et sociales. La stabilité politique est devenue un atout, contrairement aux transitions chaotiques observées sous d'autres cieux.
II. La Chine sous le Président Mao Zedong
1. La Révolution agraire L’une des actions phares à mettre à l’actif du Président Mao Zedong, c’est la Révolution agraire, qui a transformé la structure sociale et économique de la Chine. Elle a connu deux phases majeures : la réforme agraire (1950-1953) et la collectivisation (1953-1958). Dès l'avènement de la République populaire de Chine en 1949, le Parti communiste chinois a lancé une vaste campagne de redistribution des terres. L'objectif étant d'éliminer la classe des propriétaires terriens (les « ennemis de classe »), abolir le système féodal et redistribuer les terres arables aux paysans pauvres. Résultat : environ 43% des terres cultivées ont été redistribuées à près de 60% de la population rurale. Cela a permis d'asseoir l'autorité locale du PCC. Quant à ce qui concerne la collectivisation, les paysans ont d'abord été regroupés dans des coopératives élémentaires (mise en commun des outils et des terres). Ils sont ensuite passés aux coopératives avancées (les terres sont devenues la propriété collective de la coopérative et le revenu était basé uniquement sur le travail fourni).
2. Industrialisation lourde Inspirée par l'URSS, la Chine a lancé de grands projets industriels entre 1949 et 1976. L’industrialisation lourde a transformé la Chine d’une société agraire en une puissance industrielle. Elle s’est d’abord appuyée sur le modèle soviétique (1950-1957) et ensuite, sur le Grand Bond en avant (1958-1962). A ce propos, l’Etat a priories la sidérurgie, l’énergie et la défense, financées par le monde agricole via un « effet ciseaux ». Mais, il ne faut jamais confondre vitesse et precipitation. Malgré une croissance rapide, cette politique s’est avérée contre-productive. Et pour cause…
3. Limites et leçons Pour transformer rapidement la Chine agraire en une superpuissance industrielle, Mao Zedong a lancé une politique économique radicale, le Grand Bond en avant de 1958 à 1962. Les coopératives ont fusionné en de gigantesques « Communes populaires » qui géraient à la fois l'agriculture, l'industrie locale, l'éducation, la milice et l'administration. Cette utopie économique, combinée à des erreurs de gestion et à des conditions climatiques défavorables, a entraîné une famine effroyable, entraînant des dizaines de millions de morts.
Face à l'échec du Grand Bond en avant, et par une circulaire du PCC datée du 16 mai 1966, le Président Mao Zedong a lancé la Révolution culturelle prolétarienne. Une politique qui visait à reprendre le contrôle du Parti communiste et à purger la société des influences bourgeoises et traditionnelles. Elle a plongé le pays dans le chaos, causé des millions de morts et profondément traumatisé la Chine. La mort de Mao Zédong, le 9 septembre 1976 à l’âge de 82 ans à Beijing, et l'arrestation de la « Bande des Quatre » (le groupe de dirigeants politiques chinois de la ligne radicale maoïste) ont ouvert la voie aux grandes réformes économiques initiées par Deng Xiaoping à partir de 1978.
S'il est vrai que le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle ont montré les excès d'une modernisation trop rapide, avec des crises économiques et sociales, il n'en demeure pas moins vrai que ces expériences ont forgé une identité nationale forte. Ce qui fait, qu’au bout du compte, Mao Zedong reste un personnage emblématique de la Chine moderne et l’icône d’une nation fière et digne de ses origines et prête à assumer pleinement son destin.
III. Les réformes de Deng Xiaoping 1. Vers une économie de marché socialiste En décembre 1978, Deng Xiaoping a initié la politique de « réforme et ouverture ». En rompant avec la planification stricte de l'ère maoïste, il a ouvert la voie à un modèle hybride unique, souvent qualifié d'« économie socialiste de marché » ou d'économie mixte. Cette transformation s'est articulée autour de trois piliers majeurs : - la décollectivisation agricole, qui signe la fin des « Communes populaires » au profit du « système de responsabilité ». Ce qui a permis aux paysans de vendre leurs surplus sur des marchés libres ; - l'ouverture aux capitaux étrangers, par la création des Zones Économiques Spéciales (ZES), dont Shenzhen (en 1978) est l'exemple le plus emblématique, pour attirer les investissements étrangers ; - et le maintien du contrôle de l'État, par la combinaison de mécanismes de marché, tout en conservant la propriété publique des secteurs stratégiques.
2. L’ouverture sur le monde La Chine s'est intégrée à l'économie mondiale, devenant « l'atelier du monde ». Cette intégration s'est appuyée sur des facteurs clés qui ont structuré son ascension : - les Zones Économiques Spéciales (ZES) : créées dès les années 1980, ces zones ont attiré les investissements directs étrangers (IDE), grâce à des avantages fiscaux majeurs et une main-d'œuvre abondante ; - l'adhésion à l'OMC : en intégrant l'Organisation Mondiale du Commerce, le 11 décembre 2001, la Chine a pu écouler massivement ses produits manufacturés à l'échelle internationale ; - et la sous-traitance mondiale : le pays s'est inséré dans le marché en assemblant les parties les plus intensives en main-d'œuvre de nombreux biens de consommation et industriels.
3. Des résultats concrets L'amorce de la politique de « réforme et ouverture » par Deng Xiaoping en 1978 a sorti plus de 800 millions de Chinois de l'extrême pauvreté. Cette transformation a consolidé la légitimité du Parti Communiste Chinois, en transformant une économie en déroute en une puissance mondiale.
4. Comparaison avec l'étranger Le maintien du pouvoir par le Parti communiste chinois depuis 1949 lui a permis d'imposer une stabilité institutionnelle et une direction centralisée. Contrairement aux transitions brutales des pays post-soviétiques, par exemple, Beijing a géré ses réformes de manière progressive, en évitant l'effondrement étatique et en ouvrant l'économie sans démanteler son appareil administratif.
IV. La Chine sous Jiang Zemin et Hu Jintao 1. Les Trois Représentations avec Jiang Zemin
Les « Trois Représentations » constituent une évolution majeure de la stratégie du PCC, introduite par l'ancien Président Jiang Zemin. Elle a permis au Parti d'élargir sa base sociale, en intégrant officiellement les entrepreneurs privés et les nouvelles élites, à partir du 16è Congrès du Parti en 2002. En intégrant les nouvelles élites économiques, le Parti s'assurait le soutien des acteurs clés de la modernisation et de la croissance rapide de la Chine. Plutôt que d'exclure les capitalistes, cette stratégie a permis au PCC de les coopter, transformant le Parti révolutionnaire en un Parti de gouvernance nationale.
2. Le Développement scientifique sous Hu Jintao
Sous la direction de l'ancien Président chinois Hu Jintao, l'accent fut mis sur l'innovation et la durabilité et s'est articulé autour du concept de développement scientifique et de l'émergence de la civilisation écologique. Les piliers de cette vision incluaient : - le développement scientifique : également appelé la Perspective scientifique du développement, ce concept a été officialisé en 2007. Il a réorienté la stratégie nationale vers une croissance plus équilibrée, inclusive et centrée sur l'humain, pour corriger les inégalités et les dommages environnementaux causés par la recherche exclusive du Produit intérieur brut ; - l'innovation indépendante : l'accent a été mis sur l'amélioration des capacités d'innovation technologique et de recherche fondamentale pour faire de la Chine une « nation innovante », transformant son modèle économique pour le rendre moins dépendant des technologies étrangères ; - et la civilisation écologique : Introduite pour la première fois dans un document clé du Parti lors du 17e Congrès, la civilisation écologique a souligné l'urgence d'investir dans les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et la protection de l'environnement pour garantir un développement durable.
3. Équilibre social Somme toute, les anciens Présidents chinois Jiang Zemin et Hu Jintao ont mis en place des politiques pour faire face aux profondes disparités nées de la croissance fulgurante des années 1990 et 2000, tout en priorisant le contrôle social et la survie du Parti communiste chinois.
V. La Chine à l’ère du Président Xi Jinping 1. Une nouvelle ère La « Pensée de Xi Jinping » oriente la Chine vers un développement de haute qualité et une modernisation plus qualitative. Initiée lors des récents congrès du PCC, cette transition s'articule autour de piliers stratégiques précis : - l'innovation scientifique et technologique : priorité absolue pour atteindre l'autonomie stratégique, développer les forces productives de qualité et dominer les industries de pointe comme l'intelligence artificielle et les véhicules électriques ; - le développement vert et écologique : la transition vers un modèle respectueux de l'environnement, l'investissement dans les énergies renouvelables et l'atteinte des objectifs de neutralité carbone ; - la modernisation industrielle et l'économie réelle : la montée en gamme des chaînes de valeur, le renforcement de la fabrication avancée et le développement des services spécialisés pour moderniser le tissu productif ; - la prospérité commune et le bien-être social : une approche centrée sur le peuple pour réduire les inégalités, moderniser l'agriculture et les zones rurales, et stimuler une croissance inclusive ; - l'ouverture et la coopération internationale : sous la direction du Président Xi Jinping, la vision chinoise de l'ouverture économique et de la coopération internationale est passée d'une stratégie régionale à une approche globale, fondée sur le multilatéralisme, le commerce ouvert et le co-développement. Elle se structure autour d'initiatives gigantesques et de partenariats stratégiques tels que l'Initiative « la Ceinture et la Route », l'Initiative pour le Développement Mondial, l'Initiative pour la Sécurité Mondiale, l'Initiative pour la Civilisation Mondiale et l'Initiative pour la Gouvernance Mondiale ainsi que le Forum sur la Coopération Sino-Africaine, le FOCAC, le Renforcement des BRICS et la promotion du libre-échange et du multilatéralisme.
2. Lutte contre la pauvreté En février 2021, la Chine a officiellement déclaré l'éradication de l'extrême pauvreté sur son territoire pour l'année 2020. Selon les critères de la Banque Mondiale, cela a représenté l'un des accomplissements les plus rapides et à plus grande échelle de l'histoire moderne. Le pays a atteint cet objectif clé une décennie avant l'échéance fixée par l'Agenda 2030 des Nations Unies. Quoi de plus normal donc, que l'Initiative pour le Développement Mondial, proposée en 2021 par le Président XI Jinping, rencontre un écho grandissant dans le Sud global et auprès des institutions internationales.
3. Technologie et innovation La Chine déploie des investissements massifs, avec un plan d'environ 295 milliards de dollars US pour étendre ses infrastructures d'Intelligence artificielle et ses centres de données. Pour soutenir sa soif en électricité, Beijing injecte simultanément des centaines de milliards dans le développement d'un réseau électrique ultra-haute tension (dit « Supergrid ») et l'énergie verte.
4. Renaissance culturellePour étendre son influence mondiale, le Parti communiste chinois valorise l'héritage millénaire de la civilisation chinoise. En promouvant ce modèle comme une alternative au libéralisme occidental, Beijing renforce son soft power, notamment auprès des pays en développement, tout en maîtrisant son image internationale. Par voie de conséquence, lancée en 2023, l'Initiative du Président XI Jinping pour la Civilisation Mondiale connaît un succès fulgurant sur la scène internationale.
5. Gouvernance stratégique La « Communauté de destin pour l'humanité » est un concept central de la politique étrangère du Parti communiste chinois et de la diplomatie chinoise. Promue comme un pilier de la gouvernance mondiale, cette vision vise à encourager les pays à relever ensemble les défis transnationaux (paix, sécurité, développement), tout en défendant le multilatéralisme. Cette doctrine a été développée et incarnée par le Président Xi Jinping dès son accession à la magistrature supreme en 2013, devenant une référence clé dans les résolutions des Nations Unies et les documents officiels. Elle se concrétise notamment à travers des initiatives internationales majeures et des coopérations bilatérales renforcées.
VI. Défis et perspectives de la Chine à l’ère du PCC 1. Vieillissement de la population Le premier défi auquel fait face la Chine, c’est le vieillissement de sa population. Un défi démographique qui pousse la Chine à ajuster ses politiques sociales, par le Ministère des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale, en mettant l'accent sur l'extension de la protection sociale universelle, l'aide aux familles et l'accompagnement des travailleurs migrants. Les piliers de cette adaptation sociale s'articulent autour de plusieurs axes : - la couverture universelle : l'État étend progressivement la sécurité sociale aux travailleurs migrants des zones rurales, en cherchant à unifier les systèmes de santé et de retraite ; - la transition démographique : face au vieillissement de la population (accentué par les anciennes politiques de limitation des naissances), Beijing investit dans les infrastructures de prise en charge des personnes âgées ; - et la Protection des travailleurs : les droits des employés (congés, couverture accident du travail, etc.) sont réévalués pour correspondre à l’évolution du marché du travail.
2. Environnement L’autre défi majeur pour la 2è économie du monde, c’est l’environnement. Du coup, la transition énergétique est un pilier fondamental pour la Chine. Elle lui permet de concilier son statut de première puissance manufacturière avec une réduction de sa dépendance aux énergies fossiles importées, à travers : - la domination des renouvelables : en tant que moteur mondial du secteur, la Chine a porté la part des énergies renouvelables à plus de 30,4 % de son bouquet énergétique total, captant une part majeure des nouvelles capacités mondiales installées ; - l'indépendance géostratégique : en développant massivement l'éolien, le solaire et les technologies de pointe, le pays cherche à s'affranchir de ses fournisseurs extérieurs en pétrole et en gaz ; - le leadership industriel : le développement des véhicules électriques et des infrastructures de stockage d'énergie avancée (qui ont franchi une capacité de 145 GW) soutient de nouveaux relais de croissance économique.
3. Tensions géopolitiques La Chine fait également face à un défi de puissance, par rapport à l'intensification de la rivalité stratégique avec les États-Unis. A ce propos, elle déploie de nouvelles stratégies pour assurer son autonomie. Cela inclut le renforcement de son indépendance technologique, l'usage d'un arsenal de guerre économique pour contrer les sanctions, et une diplomatie active pour bâtir des coalitions alternatives, particulièrement avec les pays du Sud global.
4. Objectif 2049 Le dernier défi chinois et pas le moindre, c’est la modernisation totale. Le Parti communiste chinois ambitionne de transformer la Chine en un grand pays socialiste moderne, fort, prospère et culturellement avancé à l’horizon 2049, date marquant le centenaire de la fondation de la République populaire de Chine. Des « Objectifs du centenaire » structurés autour de deux phases clés : - Phase 1 (2020 - 2035) : une période axée sur la « modernisation socialiste », visant à achever le développement fondamental du pays dans tous les domains ; - Phase 2 (2035 - 2050) : la transformation complète de la Chine en un « grand pays moderne socialiste », leader mondial en termes de puissance globale et d'influence internationale.
Conclusion En 105 ans, le PCC a transformé la Chine en puissance mondiale, grâce à une modernisation singulière. Ce modèle repose sur la stabilité politique, la croissance économique et la valorisation culturelle. Il constitue une alternative aux modèles occidentaux, offrant une voie endogène de modernisation. En cela, la contribution du Parti Communiste Chinois à la modernisation à la chinoise est double : à l'interne, elle est palpable par la transformation sociale et économique du pays et à l'externe, elle est remarquable par la proposition d’un modèle alternatif dans le système international. Ceci, sous le leadership éclairé du Président XI Jinping, l'artisan principal de l' « ouverture et des réformes » de la Chine de la nouvelle ère.