Par Xu Zhike, journaliste de CGTN Français.
Le 26 août, à 10 h 30, une montagne a cédé à la frontière entre le Népal et la Chine. Dès les premières dépêches, mon regard s'est arrêté sur cette ligne : un glacier, à plus de 5 000 mètres d'altitude, venait de se rompre du côté népalais. Sept minutes plus tard, la boue et les pierres frappaient le poste-frontière de Gyirong, côté chinois. Comme beaucoup de mes collègues, je n'ai cessé de suivre l'événement, heure après heure, au fil des communiqués et des témoignages.
Selon les bilans officiels des deux pays, la catastrophe a déjà fait plus de 1 000 morts et plus de 5 000 disparus : côté chinois (au 30 août), 16 morts et 546 disparus, dont 261 étrangers ; côté népalais (au 1er septembre), 1 010 morts et 4 599 disparus, dont près de 590 étrangers. Près de 500 habitants ont pu être évacués et mis à l'abri. Les secours sont arrivés à pied, traversant crêtes et éboulis, là où les routes avaient été coupées. La solidarité chinoise, elle, a franchi la frontière : dès le 30 août, les premières cargaisons d'aide — tentes, couvertures, sacs de couchage, rations et kits médicaux — sont arrivées à Katmandou, accompagnées d'experts chinois du sauvetage en tunnel.
Parmi les images envoyées par les secouristes, une photo ne me quitte pas : celle d'une peluche de lapin, sortie de la boue et déposée avec précaution sur une pierre propre, avant qu'un pompier ne reparte vers la zone sinistrée. J'ai pensé à l'enfant qui la serrait peut-être dans ses bras la veille. J'ai pensé aussi à cette poussette retrouvée dans les gravats. Mon cœur se serre chaque fois que je vois ces objets sans propriétaire. Je ne peux m'empêcher d'espérer que leurs petits propriétaires sont quelque part, à l'abri, et qu'ils pourront bientôt les retrouver.
Des scientifiques chinois ont analysé des images satellites et des données de terrain : à l'origine de la catastrophe, une rupture glaciaire sur le versant nord du mont Langtang Lirung, au Népal, à environ 5 200 mètres d'altitude. La glace a dévalé la montagne en entraînant des rochers, avant de se transformer en un torrent de boue et de débris se déplaçant à une vitesse moyenne de 50 mètres par seconde. En l'espace de vingt kilomètres, il a perdu près de 3 300 mètres d'altitude.
Sept minutes. Beaucoup trop peu de temps pour fuir.
Cette catastrophe n'est pas un phénomène isolé. Les chercheurs le rappellent : dans le contexte du réchauffement climatique, les glaciers de l'Himalaya reculent et se fragilisent. Les ruptures glaciaires et les phénomènes qui en découlent deviennent une menace croissante, des Alpes aux Andes, en passant par le toit du monde.
Sur les réseaux sociaux, j'ai partagé ce que je voyais et entendais. Les réactions sont venues de noubreux pays : beaucoup de gens demandaient comment aider. Tous comprenaient soudain que ce qui se passe là-haut, lorsque la neige et la glace fondent, peut aussi les concerner.
La Chine et le Népal sont ici confrontés aux conséquences d'une même montagne. Pour nous tous, la question est plus simple et plus intime : que pouvons-nous faire ? Réduire nos émissions, protéger ce qui peut encore l'être, ne pas détourner le regard. Chaque glacier qui recule est une lettre ouverte adressée à l'humanité. À Gyirong, elle a été lue en sept minutes.
Je continue de suivre l'événement, comme tant de mes collègues. Je pense à la peluche de lapin, à la poussette, à ceux qui creusent encore dans la boue.
La montagne est tombée. Mais ce que nous ferons demain décidera si d'autres montagnes suivront.
(Photos : VCG et CGTN)