"Le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme ne sont pas des concepts abstraits, réservés aux experts et aux techniciens de la finance. Ce sont des menaces concrètes, qui minent l'économie, faussent la concurrence, nourrissent la corruption, et surtout, qui peuvent armer la main de ceux qui veulent semer la mort et la terreur au sein de nos populations". Lors de son allocution de bienvenue à la cérémonie d'ouverture du séminaire national de sensibilisation des leaders et responsables des organisations religieuses sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le 15 septembre 2026, le Président de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (Centif) au Bénin, Abdou Rafiou Bello, a fait remarquer que l'Afrique de l'Ouest est aujourd'hui durement éprouvée par l'expansion de l'extrémisme violent. Les groupes terroristes ont besoin d'argent pour recruter, pour s'équiper, pour se déplacer et pour frapper. Tarir ces sources de financement, c'est affaiblir leur capacité de nuisance.
Au Bénin, "la Centif, cheville ouvrière de ce dispositif, accomplit un travail remarquable. En 2025, près de 529 déclarations d'opérations suspectes reçues et traitées pour produire 154 notes de renseignements financiers. La Centif a également produit un rapport d’évaluation sectorielle des risques de blanchiment des capitaux au niveau des organismes à but non lucratif, plusieurs lignes directrices et notes d’appel à vigilance subséquentes." Il laisse entendre que ces chiffres ne doivent pas nous alarmer, mais constituent plutôt le signe que le système fonctionne, que les yeux s'ouvrent et que les réflexes s'installent. "Le présent atelier de sensibilisation des leaders et organisations religieuses s’inscrit dans cette dynamique de renforcement de la conscience collective."
À sa suite, l'Ambassadeur, Représentant résident de la CEDEAO au Bénin, Amadou Diongue, parlant au nom du nouveau Directeur Général du Groupe intergouvernemental d'Action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest, le GIABA, l'économiste financier gambien Mam Cherno Jallow, souligne que les leaders religieux, autorités morales et témoins de la vie quotidienne des diverses couches sociales, constituent des partenaires incontournables dans ce combat. "Vous recevez des offrandes, des dimes, des dons, et vous entendez des confessions et des confidences de la part de vos fidèles. Il est donc nécessaire qu'un dialogue permanent soit maintenu entre les autorités politico-administratives ainsi que les structures de défense et de sécurité publiques et vous, afin de créer un climat de confiance, condition sine qua non pour une lutte efficace contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme." Il précise que cette vigilance par la traçabilité des fonds reçus des fidèles et autres donateurs nationaux et internationaux ainsi que le partage des informations indispensables pour le maintien de la cohésion sociale ne signifie en rien la suspicion à l'égard des organisations religieuses.
Le Ministre délégué auprès du Président de la République chargé de l'Intérieur et de la Sécurité Publique, Djibril Mama Cissé, est du même avis. "Dans nos communautés, le discours religieux peut contribuer à promouvoir la paix, la tolérance, le respect de l'autre, le vivre-ensemble et le rejet de toutes les formes de violence. Il peut également contribuer à renforcer la vigilance collective face aux discours et aux comportements susceptibles de favoriser la radicalisation et l'extrémisme violent." "Il importe toutefois de rappeler que cette contribution s'inscrit dans un cadre de complémentarité avec l'action des institutions compétentes. Les leaders religieux n'ont pas vocation à se substituer aux autorités chargées de la prévention, du renseignement, de l'enquête ou de la justice. Il s'agit plutôt de construire un partenariat fondé sur la confiance, le dialogue et le partage d'informations pertinentes, dans le respect des responsabilités de chacun."
Au terme des deux jours de sensibilisation, les séminaristes ont mieux cerné l'impérieuse nécessité d'un partenariat accru entre les institutions de l'État (comme les cellules de renseignement financier) et les organisations religieuses. Ils ont également compris que la préoccupation des pouvoirs publics concernant la transparence sur l'origine des fonds et des dons reçus par les structures cultuelles vise à éviter leur instrumentalisation par des réseaux criminels. Enfin, ils ont été encouragés à continuer de porter les messages, sermons et prêches de promotion de la paix, de la cohésion sociale et du civisme au sein des lieux de culte.