Par Gao Junya - Journaliste de CGTN et Productrice du Podcast "Dialogue Chine-Afrique'
Combien un médecin peut‑il apprendre en dix mois ? Pour Himidati Nassim, médecin généraliste à l’Hôpital de l’Amitié Chine‑Comores, ces mois ont été l’occasion d’acquérir des compétences en anesthésie dont son établissement avait un besoin urgent. Je l’ai rencontrée à l’Hôpital du peuple de la région autonome Zhuang du Guangxi, en Chine, où elle apprenait à maintenir les patients en respiration artificielle pendant une opération. Sa formation s’inscrit dans un programme de coopération entre hôpitaux chinois et africains jumelés. Lors de notre entretien, Nassim expliquait qu’elle apprenait à intuber les patients et à les surveiller pendant les interventions. Elle gagnait en confiance dans un bloc opératoire qui lui semblait au départ étranger. Ce qui m’a le plus frappée, c’est la manière dont sa formation avait été soigneusement adaptée aux réalités de son hôpital. Son instructeur, Gong Zheng, avait visité l’Hôpital de l’Amitié Chine‑Comores et constaté ses conditions : la plupart des opérations concernaient des traumatismes, l’obstétrique et la gynécologie, avec un équipement limité. De retour en Chine, il a ajusté son enseignement pour mettre l’accent sur des techniques adaptées, comme l’anesthésie rachidienne et les blocs nerveux.
Cette décision illustre une vérité essentielle de la coopération Chine‑Afrique : sa valeur croît lorsque le savoir est ajusté aux besoins des populations et des lieux. Nassim et ses enseignants ont dû surmonter la barrière linguistique. Ils ont utilisé des applications de traduction, répété les explications et multiplié les démonstrations pratiques. Derrière chaque compétence acquise se trouvaient des heures de travail patient des deux côtés. Sa détermination rencontrait la volonté des formateurs de trouver des moyens de lui transmettre le savoir. Les résultats de cette formation dépassent une seule personne. Gong Zheng m’a raconté une opération aux Comores pour retirer un morceau de bois profondément logé dans l’oreille d’un enfant. Il a assuré l’anesthésie, assisté par Ali, un ancien stagiaire formé en Chine. L’enfant a guéri. Le savoir acquis en Chine était devenu partie intégrante d’une équipe locale de soins.
La même idée est apparue dans mes entretiens sur les ateliers Luban, qui offrent une formation professionnelle aux jeunes Africains. L’étudiante éthiopienne Kalkidan Kibrete se souvenait de son enthousiasme quand les compétences en automatisation électrique apprises à l’atelier Luban d’Éthiopie lui avaient servi dans une usine de fabrication de tuyaux. Son expérience a aussi encouragé d’autres jeunes femmes à se tourner vers l’ingénierie. L’enseignant chinois Jiang Jiang expliquait que son expérience en Éthiopie l’avait transformé. Il a réécrit ses cours pour donner plus de temps aux étudiants sur les machines, afin qu’ils voient leurs programmes produire des résultats concrets. Les étudiants et enseignants locaux ont ensuite demandé son retour, avec son épouse, après leur première mission. Son travail en Éthiopie s’étend désormais sur 14 ans, et il prévoit d’y revenir pour introduire de nouveaux domaines d’étude et technologies.
Ces récits m’ont aidée à comprendre le fondement humain de la coopération industrielle : les usines ont besoin de personnes capables de faire fonctionner et d’entretenir les équipements, et la formation crée des opportunités pour les travailleurs locaux.
À Changsha, des représentants d’entreprises africaines en visite dans les usines de SANY ont exprimé leur intérêt pour les technologies utiles à leurs propres activités. L’Afrique apporte une main‑d’œuvre jeune et des marchés en croissance ; la Chine apporte la technologie, l’expérience manufacturière et l’investissement. Ensemble, ces forces soutiennent la production locale et les emplois qualifiés. J’ai rapporté ces histoires cette année, alors que la Chine et l’Afrique célèbrent le 70ᵉ anniversaire de leurs relations diplomatiques et l’Année des échanges humains Chine‑Afrique. Santé, formation professionnelle et développement industriel sont des secteurs différents, mais ensemble, ils m’ont donné une compréhension plus claire de la manière dont la Chine et l’Afrique peuvent bâtir un avenir partagé par une coopération pragmatique.
À la fin de l’entretien, Nassim anticipait des pénuries de personnel et d’équipement à son retour. Pourtant, elle parlait avec confiance de l’usage de ce qu’elle avait appris et de sa capacité à travailler avec les ressources disponibles. Cette confiance m’est restée. La coopération Chine‑Afrique prend tout son sens à travers des personnes comme elle. Sa promesse réside dans les compétences acquises et le travail qu’elles poursuivront. Dix mois de formation peuvent être une étape dans un partenariat bien plus long, dont les bénéfices se prolongent à travers les patients soignés et les étudiants formés.
Gao Junya Contact : gao.junya@cgtn.com