Par : - Professeure LI Hongfeng, Doyenne de la Faculté d'Études africaines de l'Université des Langues étrangères de Beijing - Madame YANG Ruoxi, Enseignante de la Faculté d'Études africaines de l'Université des Langues étrangères de Beijing En colloboration avec Monsieur Héribert-Label Elisée ADJOVI, Spécialiste des Questions Internationales et Sino-Africaines
L’année 2026 marque le soixante-dixième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains. Depuis sept décennies, les échanges éducatifs et culturels occupent une place essentielle dans les relations sino-africaines. Initialement centrée sur les échanges d’étudiants, la coopération éducative s’est progressivement élargie pour englober l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, la formation des enseignants et la recherche universitaire, devenant ainsi un levier important du développement partagé et du rapprochement entre les peuples.
En 1956, un premier groupe d’étudiants égyptiens est arrivé en Chine, ouvrant la voie aux échanges éducatifs entre la Chine et les pays africains. Depuis lors, les bourses gouvernementales et les différents programmes de coopération ont permis à des générations de jeunes Africains de poursuivre leurs études en Chine. Parallèlement, les partenariats entre établissements d’enseignement supérieur se sont considérablement développés, notamment dans les domaines de l’éducation numérique, de la santé et de l’agriculture. Au fil des années, la Chine a également assuré une formation professionnelle à plus de 220 000 personnes originaires de pays africains. Ces avancées témoignent non seulement de l’ampleur croissante de cette coopération, mais aussi de sa contribution concrète au renforcement des capacités et au développement socio-économique de l’Afrique.
À l’heure où la Chine et les pays africains s’engagent dans une nouvelle étape de leur partenariat, deux priorités méritent une attention particulière.
La première est de former les talents et les professionnels qualifiés dont l’Afrique a besoin pour soutenir son développement économique et social et consolider les fondements de la coopération sino-africaine. Qu’il s’agisse du commerce, des infrastructures, de l’agriculture ou de l’administration publique, le développement de chaque secteur repose sur des ressources humaines dotées de connaissances solides et de compétences adaptées. La coopération éducative sino-africaine doit donc s’articuler davantage avec les stratégies nationales de développement des pays africains, afin de répondre à leurs besoins concrets et de renforcer durablement leurs capacités de formation et leur main-d’œuvre qualifiée.
La deuxième priorité est d’approfondir la compréhension mutuelle entre les peuples chinois et africains. De plus en plus d’universités africaines proposent des cours de chinois et des programmes d’études chinoises. En retour, les établissements d’enseignement supérieur chinois gagneraient à accorder une place plus importante à l’enseignement et à la recherche sur l’histoire, les cultures, les langues et les sociétés contemporaines de l’Afrique. La compréhension mutuelle ne saurait être à sens unique : elle suppose un engagement réciproque, fondé sur la connaissance des réalités de l’autre et le respect de la diversité des expériences. Au-delà de l’apprentissage des langues et des échanges d’étudiants, il importe donc de multiplier les occasions de coopération entre chercheurs, afin que chacun puisse confronter ses analyses, partager ses expériences et enrichir ses connaissances au contact de l’autre.
Ces deux priorités ouvrent de vastes perspectives pour approfondir la coopération sino-africaine dans le domaine de l’éducation.
Premièrement, il convient de développer davantage la formation professionnelle en l’articulant plus étroitement aux besoins de l’emploi et aux réalités de l’industrie locale. Les programmes conjoints dans des domaines tels que le commerce électronique et l’automatisation électrique montrent comment la formation peut être mise au service de compétences directement valorisables sur le marché du travail. Cette expérience mérite d’être approfondie, notamment en associant davantage les entreprises locales à la conception des programmes, à l’organisation des stages pratiques et à la formation des formateurs. Une attention particulière devrait être accordée à des secteurs porteurs tels que la transformation agroalimentaire, l’industrie manufacturière et les technologies de l’information. Le succès de cette coopération ne doit pas seulement se mesurer au nombre de personnes formées, mais aussi à leur capacité à accéder à un emploi, à développer leurs compétences et à contribuer à la croissance économique locale.
Deuxièmement, il faut renforcer la recherche universitaire conjointe entre les établissements chinois et africains. Les universités des deux parties devraient être encouragées à développer des partenariats de recherche durables, à multiplier les enquêtes de terrain, à publier conjointement leurs travaux et à favoriser la circulation des connaissances. La sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et la santé publique constituent, à cet égard, autant de domaines dans lesquels la coopération scientifique peut apporter des réponses concrètes aux défis communs. Une telle démarche permettrait non seulement de produire des connaissances utiles à l’élaboration des politiques publiques et aux pratiques de développement, mais aussi de mieux faire connaître les réalités sociales et culturelles respectives. Elle contribuerait également à promouvoir une production du savoir fondée sur le dialogue, la complémentarité des approches et la valorisation des expériences locales.
Troisièmement, il importe d’investir davantage dans la formation des enseignants, en tenant compte des priorités et des besoins propres aux systèmes éducatifs africains. Les programmes de coopération devraient être élaborés conjointement avec les partenaires africains, en accordant une attention particulière à la formation disciplinaire, à la conception des programmes scolaires, aux méthodes pédagogiques et à la maîtrise des outils numériques, notamment dans le contexte de l’essor de l’intelligence artificielle. L’objectif ne consiste pas simplement à transférer des méthodes ou des ressources pédagogiques, mais à renforcer les capacités des institutions locales, afin qu’elles puissent former, accompagner et perfectionner leurs propres enseignants sur le long terme. C’est en consolidant ces capacités endogènes que la coopération éducative pourra produire des effets durables et contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement.
Quatrièmement, l’éducation numérique doit devenir un levier plus efficace de partage des ressources éducatives de qualité. En 2024, la Chine a lancé la version internationale de sa plateforme nationale d’éducation intelligente, qui propose des services dans les six langues officielles des Nations Unies, notamment l’anglais, le français et l’arabe. Cette initiative ouvre de nouvelles perspectives pour élargir l’accès aux ressources pédagogiques et favoriser les échanges entre établissements. Les universités chinoises pourraient ainsi mettre davantage de cours en ligne et de supports d’apprentissage à la disposition de leurs partenaires africains, tout en veillant à leur accessibilité et à leur adaptation aux contextes locaux. Car, l’accès aux ressources numériques ne constitue qu’une première étape : leur utilisation effective suppose une sélection rigoureuse, une adaptation aux programmes d’enseignement nationaux et une intégration cohérente dans les pratiques pédagogiques. Une coopération étroite entre les équipes pédagogiques chinoises et africaines est donc indispensable pour transformer ces ressources en véritables outils d’apprentissage.
Soixante-dix ans de coopération éducative ont posé des bases solides pour le développement des relations sino-africaines. Aujourd’hui, face aux exigences du développement et aux transformations rapides du monde, il est essentiel de donner un nouvel élan à ce partenariat. Former des professionnels qualifiés, approfondir la recherche conjointe, renforcer les capacités des enseignants et partager plus largement les ressources éducatives numériques : autant de voies pour faire de l’éducation un moteur plus puissant du développement partagé. En plaçant les besoins des populations, le renforcement des capacités locales et la compréhension mutuelle au cœur de leurs initiatives, la Chine et les pays africains pourront bâtir une coopération éducative plus inclusive, plus efficace et plus durable, au service de l’avenir de leurs peuples.