À la découverte d’une cantine intelligente à Beijing : Quand la technologie révolutionne la restauration collective

Par : - Ma Jiaying, présentatrice, CGTN français - Xie jia, journaliste, CGTN français

Dans le nord-ouest de Beijing se trouve un établissement pas comme les autres : la cantine intelligente du district de Haidian. Fruit d’un partenariat entre l’École des sciences alimentaires et d’ingénierie de la nutrition de l’Université agricole de Chine et le Centre national de recherche sur l’ingénierie de transformation des fruits et légumes, elle mise entièrement sur les technologies intelligentes, aussi bien en salle qu’en cuisine.

Une expérience client repensée

Dès l’entrée, la différence saute aux yeux. Chaque plateau est équipé d’une puce : il suffit de le poser sur le présentoir pour que le nom du client s’affiche. Chaque bac est doté de son propre système de pesée, tandis qu’un écran tactile indique en temps réel le prix au kilogramme, le poids et les informations nutritionnelles du plat choisi. Le service des couverts est également automatisé : il suffit d’approcher la main pour les obtenir.

Mais l’innovation la plus remarquable réside dans le rideau d’air créé par des bouches de soufflage et d’aspiration. Il empêche les odeurs des plats de se répandre dans la salle et de s’imprégner dans le mobilier. Il forme également une barrière contre les postillons, tandis que ses ions plasma assurent la stérilisation des couverts collectifs. Résultat : ici, contrairement aux cantines traditionnelles, aucune odeur forte de nourriture ne flotte dans la salle.

Une cuisine standardisée et automatisée

Le comptoir des nouilles, traditionnellement bondé, a lui aussi fait peau neuve : une machine intelligente, dotée d’un réservoir d’eau et d’un bac à farine, produit des nouilles fraîches en huit secondes et prépare un bol en moins d’une minute.

La cuisine est équipée de deux fours intelligents, de trois robots cuisiniers et d’une machine automatique de fabrication de pâtes. Tous les ingrédients et assaisonnements sont dosés au gramme près, puis préparés selon des programmes préenregistrés. Capable de préparer 1 500 repas par jour, cette cuisine ne nécessite que trois opérateurs. Un cuisinier peut superviser quatre à cinq équipements simultanément, ce qui accroît fortement la productivité et réduit les coûts. Ainsi, pour 20 à 30 yuans par personne, les clients disposent d’un large choix de plats.

Les saveurs traditionnelles sont préservées, mais le processus de préparation a changé : la consommation d’huile a baissé de plus de 50 %, et les fumées de cuisson ont presque disparu. Une évolution qui contribue à améliorer les conditions de travail des cuisiniers et à réduire leur exposition aux risques professionnels. Une ligne de production entièrement automatisée fabrique près de 50 sortes d’aliments de base chinois et occidentaux.

Un menu optimisé par les consommateurs

L’élaboration du menu repose sur un processus innovant : les ventes de chaque plat sont transmises en temps réel au système. Chaque jour, les plats les plus populaires sont conservés, tandis que le moins apprécié est retiré et remplacé par un nouveau. Au fil de ces cycles, le menu, tout en garantissant un bon équilibre nutritionnel, est élaboré par les consommateurs eux-mêmes.

Grâce à la gestion numérique et au service à la demande, les déchets alimentaires sont réduits de plus de 90 % : le gaspillage diminue naturellement, car chacun ne prend que ce dont il a besoin.

La science au service de la santé

Pour le professeur Hu Xiaosong, de l’Université agricole de Chine, les trois repas quotidiens constituent un enjeu social essentiel, lié à la santé physique et mentale de la population. Le concept chinois de l’homologie entre médicaments et aliments inspire profondément cette démarche : l’alimentation permet une intervention efficace afin d’empêcher certaines pathologies latentes d’évoluer vers des maladies déclarées. C’est le principe de l’intervention diététique. Cet établissement a précisément pour ambition de mettre à profit des décennies de recherches scientifiques pour en faire bénéficier le grand public.

Les clients apprécient la standardisation des processus, l’équilibre nutritionnel des repas et la qualité des ingrédients garantis par l’université.

Une révolution en marche

En 2025, le marché chinois de la restauration collective intelligente représentait 32 milliards de yuans, soit environ 4,55 milliards de dollars. La numérisation concernait 25 % des établissements et devrait atteindre 45 % dans les cantines publiques et scolaires d’ici fin 2026.

Derrière ces chiffres, une révolution s’opère dans les assiettes des Chinois : moins de gaspillage, des coûts mieux maîtrisés et un fonctionnement plus efficace. Mais la technologie ne remplace pas l’essentiel : la convivialité d’un repas partagé.