Par : - Professeure LI Hongfeng, Doyenne de la Faculté d'Études africaines de l'Université des Langues étrangères de Beijing
En colloboration avec Monsieur Héribert-Label Elisée ADJOVI, Spécialiste des Questions Internationales et Sino-Africaines
Le cinquième plénum du XXe Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a réaffirmé la nécessité de poursuivre inlassablement l’autogouvernance intégrale du Parti avec rigueur. Il convient de préciser, que cette conception n’est pas un modèle tout fait, que l’on pourrait transposer tel quel. Pour les partis politiques des pays africains, il s’agit plutôt d’une matière à réflexion, offrant des références pour trouver des solutions adaptées aux réalités locales africaines et pour répondre aux défis de gouvernance auxquels le continent est largement confronté.
Dans de nombreux pays africains, les visions de développement à long terme se heurtent souvent à l’insuffisance des capacités des partis au pouvoir. La conception de l’autorévolution introduit une autre approche : au lieu d’attendre passivement que les forces d’opposition ou les résultats électoraux impulsent le changement, les partis au pouvoir peuvent mettre en place des mécanismes permanents visant à identifier et à corriger d’eux-mêmes leurs propres problèmes. Pour les partis politiques africains désireux de promouvoir un développement régulier en faveur de leur population, il se pose une question digne de réflexion : comment établir des mécanismes internes de discipline et de contrôle pour que le projet de développement de l’État ne soit pas interrompu lors des changements de dirigeants ?
La lutte systématique contre la corruption est aussi un point qui mérite attention. Les actions de lutte anticorruption se concentrent souvent sur un nombre limité d’affaires impliquant de hauts responsables, mais peinent à s’inscrire dans la durée une fois l’attention retombée. Le cinquième plénum du PCC met l’accent sur une lutte synergique : il faut s’appuyer sur les sanctions pour créer un effet dissuasif, sur les règlements pour encadrer le pouvoir et sur l’orientation en matière de valeurs pour cultiver une culture d’intégrité. Il faut, à la fois, sévir contre la grande corruption et combattre les « mouches » et les « termites » – la microcorruption aux échelons de base qui porte directement atteinte à la population. Cela revêt une importance cruciale pour les projets d’infrastructure, les aides agricoles et les fonds de développement. Faute d’un contrôle efficace, même les investissements destinés au bien-être de la population ne peuvent ni parvenir à la base, ni profiter à ses habitants.
Renforcer l’organisation du parti politique et améliorer sa capacité d’exécution : tel est le fondement pour transformer un plan en réalité. En dépit d’un ambitieux plan de développement national, les politiques concrètes restent souvent bloquées au niveau local en raison d’une coordination insuffisante au sein du parti au pouvoir, de l’absence de mécanismes de responsabilité et du non-respect des directives par les échelons inférieurs. L’expérience de l’autogouvernance intégrale du PCC, avec rigueur, montre qu’une organisation politique alliant discipline rigoureuse et objectifs unifiés contribue à traduire une stratégie de long terme en résultats tangibles. Un parti ne saurait être un simple instrument électoral ; il doit également posséder la capacité organisationnelle de tenir durablement ses engagements en matière de bien-être de la population.
L’essentiel de cette conception de la gouvernance réside dans la primauté du peuple. Un parti politique ne saurait solliciter la confiance des citoyens uniquement en période électorale et dans le seul but de recueillir des suffrages. Sa légitimité repose sur l’amélioration continue du bien-être des citoyens, sur la protection des groupes vulnérables et sur sa capacité à assumer sa responsabilité devant le peuple. Cependant, un certain nombre de mouvements de libération africains, bénéficiant jadis d’une large assise populaire, se sont progressivement éloignés de leur base après leur accession au pouvoir : ils sont inféodés aux intérêts d’une petite élite. La leçon en est claire : un parti doit s’enraciner dans le peuple et mesurer l’efficacité de son travail à l’aune de l’amélioration concrète des conditions de vie de la population.
Il convient de souligner que l’Afrique ne saurait transposer mécaniquement le système chinois. Le continent africain se caractérise par une grande diversité en matière d’histoire, de structure ethnique, de cadre politique et de fondement économique. Il n’existe donc pas de modèle de gouvernance universellement applicable. Voici ce que les dirigeants et les chercheurs africains peuvent tirer de la pratique chinoise : des mécanismes d’autocorrection interne, un dispositif institutionnalisé de lutte anticorruption, une discipline organisationnelle rigoureuse et la priorité constante accordée au bien-être des citoyens.
L’Afrique continue sa progression vers les objectifs fixés par l’Agenda 2063, et la recherche d’une voie de gouvernance adaptée aux réalités locales se poursuit. Le cas chinois montre qu’un développement durable dépend d’un parti politique à la fois compétent et responsable. Chaque pays africain a le droit de tracer sa propre voie et, tout en s’inspirant des expériences du monde entier, de répondre en priorité aux attentes de son peuple.